Mon histoire professionnelle est étroitement liée à deux rencontres décisives : celle de mon mari et celle de mon propre désir d’évolution, au moment où ma fille devenait adulte.
J’ai rencontré mon mari en 2012 en France. Canadien, il avait vécu pendant trente ans en France avant de passer plusieurs années à New York. À ce moment de sa vie, il avait choisi de se reconstruire en Provence, et c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés lors d’une soirée.
Nous avons attendu 2016, lorsque ma fille a eu 18 ans et est partie à l’université, pour vivre ensemble et partager notre vie entre la France et les États-Unis. Mon mari ayant des attaches en Floride, nous nous sommes installés à Miami.
Ce changement a été profondément transformateur pour moi. Je commençais à me lasser de mon activité professionnelle et j’étais sur le point de perdre mon plus gros client. Je sentais qu’il était temps d’évoluer. J’avais envie de retrouver un métier plus créatif, de redessiner à la main et de travailler au contact des gens. La solitude est souvent l’un des aspects les plus difficiles du travail de freelance : cette solitude du créatif face à son écran d’ordinateur.
Soutenue moralement et financièrement par mon mari, j’ai compris que c’était le moment idéal pour entreprendre ce changement.
Miami est une ville d’événements. Les hôtels de luxe, la plage et les nouveaux concepts y fleurissent toute l’année. C’est une ville en pleine expansion, extrêmement dynamique, et un terrain idéal pour travailler dans l’événementiel.
J’ai donc recommencé à dessiner. Tous les jours. N’importe quoi : une pomme, une main, un visage croisé dans le bus. Le secret pour apprendre à dessiner est la pratique quotidienne. Mon métier est artisanal : la main doit s’exercer sans cesse. Ce n’est pas un don de naissance, mais le fruit du travail et de la persévérance.
Après quelques mois, j’ai commencé à publier mes dessins sur les réseaux sociaux. Un jour, Louis Vuitton Americas m’a demandé de venir dessiner leurs clients. J’étais morte de peur. Aujourd’hui, je trouve presque inconscient d’avoir osé dessiner en live pour la première fois chez Louis Vuitton. Mais j’avais aussi la naïveté et l’audace des débuts.
Ce premier grand nom m’a permis de conquérir d’autres clients aux États-Unis, puis en Europe, notamment à Paris et en Suisse, avec des maisons comme Dior ou Tiffany.
En 2019, Le Bon Marché à Paris m’a offert un pop-up store pendant deux mois à Noël, où je proposais mes portraits en direct comme idée de cadeau. Ce fut un succès, et l’expérience a été renouvelée à plusieurs reprises, au Bon Marché puis à La Samaritaine. Le groupe LVMH a véritablement contribué à lancer ma carrière.
Au fil des années, j’ai eu la chance de participer à des événements extraordinaires.
À Gstaad, invitée par Bulgari, j’ai dessiné lors d’une présentation privée de haute joaillerie. Une tempête de neige monumentale accompagnait mon arrivée, après un trajet en train entre Montreux et Gstaad – l’un des plus beaux parcours ferroviaires au monde. Bulgari y présentait des pièces d’exception à une trentaine de clients dans la suite d’un palace. Les créations n’avaient pas de limite de prix. Être entourée de ces merveilles, les observer, les toucher, parfois les porter et les dessiner était tout simplement irréel.
Fendi m’a également invitée à Riyad pour animer l’ouverture de leur boutique en Arabie Saoudite. Le pays commençait alors à s’ouvrir, mais l’expérience restait particulière. J’ai principalement dessiné des femmes voilées. Certaines acceptaient de se dévoiler dans une pièce privée pour être dessinées, tandis que d’autres me montraient des photos sur leur téléphone, souvent très filtrées. L’expérience fut aussi surprenante qu’inoubliable.
En 2023, nous avons quitté Miami pour nous installer à New York. De nouvelles maisons de luxe, comme Buccellati ou Chanel, ont alors commencé à s’intéresser à mon travail. Dessiner dans l’appartement Chanel du flagship de la 57e Rue est une expérience unique.
En 2024, On Location m’a invitée à dessiner pendant quinze jours lors des Jeux Olympiques de Paris. Ce fut un moment extraordinaire. Parallèlement, j’ai eu l’honneur de dessiner pour Warner Bros, qui avait privatisé le Louvre pour offrir à ses acteurs, producteurs et invités une expérience unique autour des Jeux Olympiques.
Dessiner ces personnalités en direct, après avoir déambulé dans un Louvre presque vide, face aux œuvres de Delacroix et accompagné par une chanteuse d’opéra, fait partie de ces moments suspendus qui marquent une carrière.
L’année dernière, et encore cette année, je dessine également pour une grande maison de luxe partenaire du Grand Prix de Formule 1 à Miami, ainsi qu’à New York pour la Coupe du Monde de football.
La frontière entre le sport, le luxe et l’expérience événementielle n’a jamais été aussi mince. Découvrez l’univers artistique de Véronique Jacquart et ses créations uniques de portraits vivants.